Du mythe de l’indépendance à la maturité de l’interdépendance
- Laurent Spilliaert

- 11 janv.
- 4 min de lecture
Une lecture des cycles d’autonomie dans la relation adulte
Cette chronique est issue d’une réflexion née dans un espace d’accompagnement.
Au-delà des missions menées en entreprise, ma pratique de coach m’amène aussi à accompagner des personnes ou des couples sur des enjeux de communication et de relation, y compris dans des démarches pro bono.
Dans ces espaces d’accompagnement, la question de l’autonomie s’est révélée centrale, tant comme valeur que comme source de tension.
L’image de deux plongeurs effectuant un palier de décompression me revient souvent à l’esprit.
Chacun est responsable de sa respiration, de sa profondeur, de son rythme.
Et pourtant, ils ne plongent pas seuls. Ils se tiennent à proximité, attentifs l’un à l’autre, reliés par une vigilance silencieuse.
Dans certains accompagnements, notamment lorsqu’il s’agit de relations de couple à un âge mûr, une question revient alors avec insistance, parfois sans être formulée clairement :
Qu’est-ce que cela signifie, aujourd’hui, être autonome dans une relation ?
L’autonomie comme valeur… et comme stratégie
L’autonomie est souvent présentée comme une valeur indiscutable. Être autonome, ce serait ne dépendre de personne, se sécuriser seul, rester libre dans ses choix.
Mais à y regarder de plus près, cette autonomie peut parfois devenir un refuge, voire un frein, lorsqu’elle n’est pas interrogée.
Chez des adultes ayant déjà traversé des séparations, des déceptions ou des engagements coûteux, l’autonomie est rarement un hasard. Elle s’est construite dans le temps, souvent comme une réponse intelligente à des expériences où la dépendance a été vécue comme risquée, voire dangereuse.
Comme en plongée, cette autonomie est d’abord une question de survie. Apprendre à gérer son souffle, sa profondeur, ses réactions, permet d’éviter les accidents. Après certaines expériences, rester maître de son rythme devient une nécessité vitale.
Dans ces contextes, l’autonomie protège :
financièrement,
émotionnellement,
identitairement.
Ce qui a permis de se reconstruire peut toutefois, plus tard, rigidifier la relation lorsque celle-ci appelle un nouvel engagement.
Les cycles de l’autonomie relationnelle
Dans la pratique du coaching, on observe fréquemment une traversée en plusieurs phases, non linéaires, parfois répétées au fil de la vie.
1. La dépendance
L’autre est perçu comme une source de sécurité. Le lien rassure, mais fragilise l’autonomie personnelle.
C’est le temps où l’on s’accroche, comme si l’on manquait d’air seul.
2. La contre-dépendance
Souvent après une rupture ou une désillusion, un mouvement inverse apparaît :
ne plus avoir besoin de personne.
L’indépendance devient alors une protection. On reprend le contrôle, on surveille sa profondeur, on évite toute prise de risque inutile.
3. L’indépendance
Chacun construit sa stabilité : financière, matérielle, psychique. Cette phase est saine, structurante, parfois indispensable.
Mais elle comporte un risque subtil : confondre autonomie et absence d’engagement partagé.
Comme un plongeur parfaitement équipé, capable d’évoluer seul, mais qui aurait oublié de lever les yeux vers l’autre.
Quand l’indépendance devient une condition
Dans certains projets de couple tardifs, l’indépendance s’installe durablement comme une norme implicite :
chacun avance à son rythme,
chacun sécurise son territoire,
chacun attend de l’autre des preuves de solidité.
Le projet commun existe… mais il reste suspendu à des conditions : quand ceci sera fait, quand cela sera sécurisé, quand l’autre sera prêt.
Dans ces situations, chacun poursuit sa remontée à son propre rythme. Chacun respecte scrupuleusement ses paliers, ses repères, ses sécurités.
Le problème n’est pas la prudence.
Il apparaît lorsque les plongeurs ne se regardent plus, chacun attendant que l’autre arrive à la même profondeur pour reprendre contact.
L’autonomie n’est plus alors un socle. Elle devient une condition préalable à l’engagement.
L’interdépendance : une posture de maturité
L’interdépendance ne signifie ni fusion, ni renoncement à soi. Elle marque un passage subtil mais exigeant.
L’interdépendance ressemble à ce moment précis où, tout en restant responsable de sa propre respiration, le plongeur accepte de s’ajuster à la présence de l’autre. Non pour se sauver mutuellement, mais pour s’assurer que la remontée se fait ensemble, consciemment.
Je suis autonome, et je choisis néanmoins de lier une part de ma sécurité, de mes décisions et de mon avenir à un projet commun.
Il ne s’agit pas de renoncer à sa maîtrise, mais de reconnaître que certaines étapes gagnent à être traversées à deux.
À ce stade de la vie, l’enjeu n’est plus de prouver son autonomie, mais de décider ce que l’on accepte de co-construire.
Une clé de lecture transversale
Ce mouvement de l’indépendance vers l’interdépendance ne concerne pas uniquement le couple. On le retrouve :
dans les équipes,
dans les partenariats,
dans les organisations matures,
dans le leadership responsable.
Dans tous les cas, la question n’est pas : "Suis-je suffisamment indépendant ?"
Mais plutôt : "Qu’est-ce que je choisis d’engager dans un projet qui me dépasse ?"
En guise de clôture
Le rôle du coach n’est pas de dire ce qu’il faut faire. Il est d’aider à nommer les dynamiques à l’œuvre, à éclairer les tensions invisibles, et à ouvrir des espaces de choix plus conscients.
Ces chroniques n’ont pas vocation à donner des réponses, mais à soutenir des déplacements de regard.
Dans les relations comme en plongée, ce n’est pas la profondeur atteinte qui compte le plus, mais la qualité de la remontée.
Laurent Spilliaert
Coach professionnel et plongeur à ses heures.
Spilliaert & Partners
Note éditoriale : Cette chronique est issue d’une pratique de coaching professionnel, en entreprise ou en accompagnement individuel. Le texte s’appuie sur l’expérience du coach et a été retravaillé avec l’aide d’outils d’intelligence artificielle, utilisés en soutien à la reformulation et à la mise en forme, dans le respect de la charte éditoriale.


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