Quand les mêmes messages ne disent pas la même chose
- Laurent Spilliaert

- 12 janv.
- 4 min de lecture
Chronique sur le stress relationnel et les malentendus invisibles
Dans une chronique précédente, je parlais de ces messages invisibles que nous portons tous en nous.
Des messages contraignants, transmis consciemment ou non, qui s’activent surtout en situation de stress et influencent nos comportements à notre insu.
Dans mon travail — y compris lorsque j’accompagne parfois des couples en pro bono — j’observe combien ces messages peuvent façonner la relation, surtout lorsque la distance, l’incertitude ou le manque de présence fragilisent le lien.
Quand la distance met la relation sous tension
Prenons un couple engagé dans une relation à distance. L’attachement est réel. L’envie d’avancer ensemble aussi. Mais la présence manque : les regards, les silences partagés, les ajustements spontanés.
Peu à peu, le stress s’installe. Pas forcément sous forme de conflit, mais comme une tension de fond.
Et sous stress, ce ne sont pas nos meilleures intentions qui disparaissent. Ce sont nos automatismes qui prennent le relais.
Les messages invisibles ne sont pas mauvais… mais ils sont puissants
Ces messages — que l’Analyse Transactionnelle appelle des drivers — ont été décrits dès les travaux de Eric Berne et approfondis par Taibi Kahler.
Ils ne sont ni pathologiques, ni des défauts de personnalité. Ce sont des stratégies d’adaptation : des manières apprises de rester reconnus, acceptés, aimables.
Le problème n’est pas qu’ils existent. Le problème est qu’ils agissent sans être nommés.
Un même message peut prendre des formes très différentes
Prenons le message Sois fort.
On pourrait croire qu’il s’exprime toujours de la même manière. En réalité, il peut prendre deux formes très différentes, avec des effets relationnels presque opposés.
La différence tient à une question simple : À qui s’adresse ce message sous stress ?
Quand le "Sois fort" s’adresse à l’autre
Chez certaines personnes, sous stress, Sois fort devient une exigence relationnelle.
La logique inconsciente ressemble à ceci : « Je suis OK. Et pour que tu sois reconnu, tu dois être fort aussi. »
Concrètement, cela peut se manifester par :
une priorité donnée à l’action plutôt qu’au ressenti,
peu de tolérance pour ce qui est perçu comme plaintes ou dépendance,
une valorisation de l’autonomie, de l’efficacité, du “on avance”,
des phrases comme : « Pas de blabla. »
Souvent, derrière cette posture, il y a une histoire personnelle marquée par la nécessité de tenir, parfois très tôt. Ne pas dépendre est devenu une force… et parfois une norme imposée à l’autre.
Quand le "Sois fort" s’adresse à soi-même
Chez d’autres personnes, sous stress, le même message agit vers l’intérieur.
La logique devient alors : « Tu es OK. Je suis OK si je montre que je peux gérer seul. »
Cela peut se traduire par :
une tendance à s’effacer,
une forme de retrait ou de passivité apparente,
une difficulté à demander de l’aide ou à exprimer ses besoins,
une coupure progressive du lien quand la pression monte.
On observe parfois aussi :
un engagement dans plusieurs projets en parallèle,
sans toujours en mener aucun jusqu’au bout,
ou une parole qui commence… sans toujours se terminer.
L’intention est pourtant saine : ne pas être un poids, ne pas dépendre, montrer sa solidité.
Quand le "Sois parfait" s’invite pour sécuriser le lien
Dans certaines situations, notamment lorsque la communication devient délicate, un autre message peut s’activer : Sois parfait.
La logique intérieure devient alors : « Pour que le lien tienne, je dois être irréprochable. »
Cela peut se traduire par :
une attention extrême aux mots et aux détails,
une vigilance constante pour éviter l’erreur,
une peur de mal dire, de mal faire, de créer un malentendu,
une tendance à pinailler ou à se corriger.
Là encore, l’intention est relationnelle : ne pas abîmer, sécuriser le lien par la justesse.
Deux forces… qui ne se reconnaissent pas
Dans une relation, ces messages peuvent se rencontrer.
L’un cherche la sécurité par la solidité et l’autonomie.
L’autre cherche la sécurité par la retenue, l’effacement ou la justesse.
Et plus le stress augmente — distance, fatigue, incertitude — plus chacun renforce ce qu’il sait faire. Sans voir que cela peut mettre l’autre encore plus sous tension.
Ce n’est pas un manque d’amour. Ce n’est pas un problème de volonté.
C’est la rencontre de stratégies de survie relationnelle différentes.
Rendre visible pour rouvrir le dialogue
Nommer ces messages invisibles ne sert pas à désigner un coupable. Cela permet de changer de regard.
De comprendre que :
le retrait n’est pas un désintérêt,
l’exigence d’action n’est pas un rejet,
la recherche de perfection n’est pas une attaque,
mais des tentatives différentes de prendre soin du lien sous stress.
Parfois, cela permet à celui qui parlait peu de dire enfin : « Voilà ce que je vis, même si je ne savais pas comment le dire. »
Et parfois, cela permet à l’autre d’entendre autrement ce qui semblait jusque-là froid, rigide ou excessif.
En guise de conclusion
La relation ne s’apaise pas toujours par plus d’efforts. Elle s’apaise souvent par plus de lisibilité.
Quand chacun peut reconnaître :
le message automatique qui le traverse,
et celui qui traverse l’autre,
Un espace nouveau s’ouvre. Un espace où l’on peut être fort sans s’isoler,
et chercher la justesse sans se perdre soi-même.
C’est souvent là que le dialogue redevient possible.
Laurent Spilliaert
Coach Professionnel
Spilliaert & Partners
Note éditoriale : Cette chronique est issue d’une pratique de coaching professionnel, en entreprise ou en accompagnement individuel. Le texte s’appuie sur l’expérience du coach et a été retravaillé avec l’aide d’outils d’intelligence artificielle, utilisés en soutien à la reformulation et à la mise en forme, dans le respect de la charte éditoriale.


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